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Pollock et le chamanisme à la Pinacothèque
Pollock et le chamanisme tout un programme, à en croire le titre. A notre arrivée devant la pinacothèque, nous sommes face à deux grandes affiches aux couleurs vives, l’une sur Georges Rouault, l’autre sur Jackson Pollock.
Voila vous venez de voir la meilleur partie de l’exposition, vous pouvez rentrez chez vous, « circulez y a rien à voir ! »
Ha, vous êtes restés ! Continuons, nous nous acquittons maintenant des neuf ou sept euros d’entrée selon le tarif normal ou réduit. Après cette couteuse entrée nous arrivons devant un texte d’introduction.
Ce texte relativement long, est écrit sur le mur devant l’exposition, il nous présente le projet de cette exposition, qui confronte le travail de Pollock dans sa généralité, avec le chamanisme ou plus précisément les arts premiers amérindiens. On apprend notamment dans ce texte, que « techniquement » après avoir vue la confrontation de ces deux arts, les œuvres de l’artiste ne seront plus pour nous simplement et uniquement des toiles abstraites ; (comme si un Van Gogh était simplement des taches de couleurs). Passons, après un texte , qui nous dévoile les capacités inégalés, et surement inégalable, de la pinacothèque, pour révéler la vraie nature du travaille de Pollock, comme bien sur, cela ne l’avait jamais était fait avant.
Nous entrons enfin dans l’exposition, curieux de voir ce contenu au sujet duquel on ne tarit pas d’éloge, et nous bouillons bien entendu d’impatience, à l’idée d’enfin pouvoir capté cette essence qui émane des œuvres et que nous n’avions jamais vu, évidemment. Nous descendons donc les escaliers et arrivons dans une salle contenant quelque petits tableaux et sculpture amérindienne, mais surtout d’immanquable page de texte, et toujours rien sur Pollock. Où est cette surprise dont on nous a tant parlé ? Après avoir survolé des explications à ne plus savoir qu’en faire sur l’art, l’inconscient, le primitivisme, les rites chamaniques.
Saoul de tout ce savoir encyclopédique, mais pourtant, si impatient, d’expérimenter ces œuvres. Alors ivres de ces connaissances et insatisfait de ne pouvoir étancher notre soif d’art nous titubons jusqu’à la pièce suivante, là, deux petites toiles se présente à nous. Cependant nous retrouvons, encore à coté de ces œuvres des explications, mais cette fois elle porte sur la manière d’interpréter ce qui est présent sur la toile, avec en plus, tout le discours habituel, taille, poids, mensuration etc…Vas t’on nous laisser voir en paix les œuvres de cet artiste ?
ET bien non !
Tout au long de l’exposition, la quarantaine d’œuvres de Pollock que nous découvrons est accrochées, au coté d’objets d’art Amérindien. Ce rapprochement, est, il est vrai assez intéressant et pertinent. Cependant la pinacothèque n’est pas la première à le faire et l’explication systématique, soit plastique, soit conceptuelle, des références à l’art amérindien est un peu dérangeante pour être poli. On aimerait pouvoir regarder les œuvres, avec certes des éléments d’explication, des éclairages, ou des voix d’accès vers celle-ci, ou encore des explications de certains codes ; mais pas cette inévitable mode d’emploi affiché, collé à l’œuvre et qui parfois et bien plus volumineux qu’elle. La petite quarantaine d’œuvres présentes est bien mince face aux éloges et à l’agitation médiatique et théorique sur l’exposition.
De plus les œuvres d’arts amérindiennes sont présentées à chaque fois sous d’imposante vitrine en verre comme si on voulait nous empêcher de rencontrer cette civilisation et ce qu’elle a à nous dire. Les œuvres de Pollock sont présentés sans vitrines, alors pourquoi les autres sont elles tenues à distance ? Ce mode d’exposition est récurent dans la manière de présenter l’art premier au public. Il faut avouer que tout ceci ne rend pas service aux propos de l’exposition, qui montraient l’apport des arts amérindiens aux travaux de Pollock, ici l’art amérindien est bien loin, derrière ca vitrine, fossile d’un peuple « sauvage ».
Ce qui est sur, c’est qu’au sortir de cette exposition nous aurons apprit beaucoup de choses, mais nous n’aurons hélas, pas fait beaucoup de rencontres, ni vu beaucoup de paysages.
Avec cette exposition on nous donne l’impression de traverser des landes inconnues la tête plongée dans un livre, et les moments où par audace nous la relevons, on nous dit où regarder. Comment comprendre, ce singe (l’art ou l’artiste) si différent de nous mais qu’on admire. On apprend à lui jeter les bonnes cacahuètes, mais jamais au grand jamais on nous donne la possibilité de voir l’œuvre, de l’expérimenter, de la vivre personnellement, de savoir ce qu’elle nous dit. Les explications ne sont pas là pour nous faire parvenir à l’œuvre, mais pour mieux nous en éloigner pour la connaître, la savoir. Au sortir de l’exposition, on a appris plein de choses pour briller en société ; comme quand à la fin d’une exposition coloniale, on apprenait pourquoi les sauvages sautaient autour du feu.
Encore une fois nous croyons connaître, mais là où nous avions la chance de vivre quelque chose aussi petit ou négatif puisse-il être, nous l’avons fuit.
La rencontre n’aura pas lieu, pas aujourd’hui !
La déception face à cette exposition et son incapacité à nous faire voir les œuvres intimement sans en aliéner la substance, nous amène à un autre problème qui est celui du voir et du savoir, c'est-à-dire comment voir une œuvre au plus juste ?
Nous allons essayer d’en parler en analysant l’œuvre « number 31 » de Jackson Pollock.
C’est une œuvre abstraite, qui mesure 269,5cm de large sur 530,8cm de long, faite en 1950 ce tableau plutôt imposant par ces dimensions (plus grand que le spectateur) se situe à la fin de la vie de l’artiste et de ces drippings.
Pollock meurt jeune d’un accident de voiture en 1956 il est née en 1912. Cependant quand il meurt, il traverse une crise créatrice depuis deux ans, il ne crée plus, n’y arrive pas, il est hanté par l’idée de se répéter. A sa mort, il laisse une œuvre considérable derrière lui : 700 œuvres et surtout une nouvelle approche de la peinture pour les artistes qui suivront.
On voit sur cette toile un mélange de couleurs : du blanc, du noir, du vert, du marron, du gris. Ces couleurs ont été projetées sur la toile à l’aide d’un récipient troué, attaché par une corde, qu’il balançait tout en marchant à travers la toile. Cette technique qu’il a inventée s’appelle le dripping on peut voir un parallèle entre lui et R. Long par leurs manières de marquer l’espace de leurs corps. Ces drippings sont aussi appelés All-over en raison de la technique de Pollock : il couche pour la première fois le tableau sur le sol. Il le parcourt non plus de la main, dans une posture classique, comme l’artiste de chevalet, mais de tout son corps en la mettant au sol, on peut sur ce point rapprocher cette démarche des « anthropométries » d’Yves Klein. Dans l’All-over, il y a une idée de sélection, puisque il peint sur toute une surface mais n’en sélectionne qu’une partie.
Nous touchons ici à un point important de son travail, c'est-à-dire, cette relation entre le hasard et volonté de l’artiste. A première vu on peut se demander si la volonté de l’artiste est présente dans cette œuvre, ou si ce n’est finalement que, comme le dit très bien le commissaire de l’exposition : de la peinture jetée sur une toile. L’action de peindre impliquant un peintre et non une machine, il y a forcement une part de volonté même inconsciente et ce dans n’importe qu’elle œuvre. De plus ici la volonté de l’artiste est particulièrement présente. S’il y a sélection, cela provient bien d’un choix de l’artiste. Ensuite ces œuvres ont une esthétique propre, bien différente d’une autre peinture abstraite.
Cette esthétique est aussi le fruit d’une opération apparemment inconsciente et inhérente à Pollock. En clair, avec cette nouvelle manière de peindre, il développe un langage qui lui est propre, aussi personnelle qu’un portrait peut l’être. Ces toiles existent alors, pour la somme de force que l’artiste incarne en elles. Elles ne sont alors valables que pour elles-mêmes, autoréférentielles. (C’est un bon exemple de se que Greenberg appelle l’autotélique).
Pour simplifier, même si c’est un peut réducteur, l’œuvre n’a pas besoin d’explication, de commentaire ou même encore de titre, elle doit être prise pour elle. Un peu comme quand quelqu'un demande d’être considéré pour ce qu’il est entièrement, et non réduit a une « étiquette », par exemple : P. est, homosexuel, vote à gauche, et artiste… il revendique d’être considéré comme un être humain à part entière, et non, réduit a une catégorie, qui ne lui correspond pas et qui ne reflète pas à juste titre qui il est (exemple n’est pas uniquement artiste ou un homo).
Il en va de même pour les œuvres de Pollock, et en général de l’expressionisme abstrait. si les titres n’évoque pas ce qui est sur la toile ou ce qui pourrait y être représenté c’est que les artistes ne souhaite pas que leur travaux soit réduit au simple nom du titre. Si, Pollock avait appelé, cette œuvre tempête, tout le monde y aurait vu une tempête, le tableau en aurait été d’autant réduit, alors que la c’est ouvert, mais c’est moins simple à appréhendé, une façon d’envisagé son travaille, consiste à le voir comme une boule énergie à l’état pur, donné par l’artiste, que notre esprit pourrait sculpté à volonté.
Des analyses ont montré que les toiles de Pollock répondait au principe d’autosimilarité, c’est-à-dire que ces œuvres comportent une même densité de couleurs, elle son conçu comme mathématiquement, dans un équilibre identique, proche de la notion, des pleins et des vides, chez les peintres japonais. Toutes ces toiles (les drippings) répondent au même processus créatif, à cette même esthétique. Quand il fait des fautes, que son langage est mal écrit il recommence et détruit l’erreur, comme ce fut le cas pour l’œuvre qu’il détruisit, devant la caméra de Hans Namuth
Ainsi nous pouvons dire que ces œuvres sont bien moins, des taches de couleurs, qu’un témoignage de sa force vive, immortel, qui existera toujours tant que ces toiles seront exposées ou vivantes.
On assiste ici non pas à une représentation de ce qu’il vit ou de ce qu’il est, mais à ce qu’il est et ce qu’il vit, avec toute la complexité que cela implique et l’impossibilité de franchir le code, de le voir lui. Avec ces œuvres nous sommes derrière un mur fin. On l’entend. On le sent. On peut l’apercevoir sans pour autant franchir ce mur. On est dans la pièce d’à coté. Et, que la vue est belle !